Tu sais ce que c'est qu'un podium ? Oui, hein ? Pour mes copains ça a une signification précise. Comme, mine de crayon, mine de rien, on commence à se faire un peu vieux dans la bande (y'en a même qui ont des enfants! naaaaaan! ben si) (et tellement vieux qu'on se souvient des raider et des treets, les jeunes de ma fuck savaient même pas qu'avant ça avait pas le même nom, les nuuuuuuuuuls) rester éveillé pendant toute une soirée devient une sorte de challenge, surtout après minuit.

Du coup, les 3 derniers couchés montent sur le podium et peuvent traiter les autres de croulants le lendemain (et faire des blagues comme cacher des bouteilles de bière vides partout dans la baraque, on rigole bien, hein, surtout quand tu te rends compte qu'il y en avait une dans ta machine à  laver au moment où tu l'entends racler les parois et que c'est déjà trop tard).

La dernière fois qu'on a fait un podium (parce qu'on en fait pas tout le temps, t'es pas fou ? Sinon après on est crevé pour aller bosser et on met toute la semaine pour récupérer) c'était chez les gitans, pas loin de Toulouse. J'étais venue toute seule avec mon fils et je repartais le lendemain en avion.

Donc bon tu t'en doutes, une bonne soirée, sinon, je serais allée me coucher, j'suis pas maso non plus. La soirée est passée très vite et à 7h il restait un tricheur (il était allé dormir une heure pendant la soirée! Disqualifié d'office le mec) (même si sa copine s'appelait Suzanne et que du coup on a réussi ce week-end-là à réunir 2 Suzanne de moins de 75 ans au même endroit, c'est pas une excuse valable), un ptit fromager qui fait une tomme de vache qui tue le string de sa mère et qui habite le Layon (deux excellentes raisons de faire plus ample connaissance et garder le contact) et ma pomme. On était en pleine forme. On a même voulu aller aider notre copine qui elle se levait pour la traite, mais heureusement pour le pis des vaches, on a abandonné l'idée en cours de route.
Et puis finalement, le sérieux a repris le dessus et je suis allée me coucher.
Pour une demi-heure.

Putain ça a été dur! Se réveiller, descendre servir du lait au nain (c'est cool la ferme et le lait frais, mais va remplir un biberon avec un bidon de 5 litres, la tête dans le cul ET les yeux pas en face des trous, ni même du trou) (parce qu'avec un peu de souplesse, j'aurais pu résoudre le problème), plier mon duvet, plier son duvet (quand t'arrives au moment de le mettre dans sa housse et que bam! telle la feuille de salade soigneusement pliée qui arrive à l'orée de ta bouche il s'ouvre et se regonfle et que tu dois te taper de tout recommencer, avec la bouche couverte de vinaigrette euh non) plier mon matelas, nettoyer son drap et son pyjama et les emballer tout* mouillés, habiller le nain (pour gagner du temps je m'étais couchée toute* habillée, j'suis pas un peu trop maligne ? Hein ? J'avais même mon écharpe et tout*) descendre bis, prendre le petit-dèj, car malgré une légère migraine (encore cette satanée méningite, faudrait que je pense à consulter) je devais quand même me nourrir, nous brosser les dents, dire au revoir, taper la discut en voiture jusqu'à la gare alors que t'as qu'une envie : PRENDRE UN DOLIPRANE ET TE RECOUCHER!!

Mais tu vois, j'ai cru que ça avait été difficile, en fait, j'avais rien vu. Le trajet en train s'est plutôt bien passé, le nain a dormi, moi aussi.
Le trajet en bus pour aller à l'aéroport aussi, globalement.

Mais l'aéroport. Putain l'aéroport. J'ai cru que j'allais rentrer à Paris orpheline d'enfant. Comment les lardons sentent le moment idéal pour nous gonfler et piquer leur crise, hein ? (Cette question n'appelle pas de réponse) J'attends pour enregistrer les bagages, le nain se casse. Je l'appelle gentiment "Raphaëëël, viens me voir". Il m'ignore et s'éloigne. Bien entendu, la personne qui me sert est charmante, mais on peut pas dire que les mot vitesse ou réactivité aient été inventés pour elle. Je hausse la voix, en restant courtoise "Raphaël, reviens, je ne peux pas venir te chercheeeeeeeer je suis bloquée là à attendre qu'une grosse pute m'attribue une place sur un coucou de 75 sièges" (j'ai presque tout dit).
Tu le crois, ça ? Il s'en fout! Mais une hôtesse l'attrape par la main et me le ramène, pile au moment ou la championne du monde d'enregistrement des bagages me tend ma carte d'embarquement.
Du coup, le nain refuse de s'éloigner du comptoir. Logique! Typique! Banal, même.
POur me montrer sa détermination, il se couche par terre et se met à hurler.
Je le prends dans mes bras tel un paquet vociférant et je me casse vers les toilettes (c'est pas tout* ça, la bière bio, c'est bon, mais ça te file une caguevite digne des gastro les plus rebelles) sous les yeux des autres passagers, qui devaient probablement avoir hâte d'être dans l'avion avec nous. Il se débat (cet enfant a une force colossale) et se recouche par terre, toujours en hurlant.
Alors je sais pas pourquoi, car pourtant toutes* les conditions étaient réunies pour que je reste zen, calme et maîtresse de moi-même, mais j'ai perdu la raison et je me suis mise à glapir : "MAIS BORDEL RAPH J'AI ENVIE DE FAIRE PIPI TU LE SAIS, CA ? TU PEUX COMPRENDRE ??? HEIN ? PIPIIIIII" comme ça. Ouais je sais, j'ai pas complètement perdu la tête non plus, parce que sinon, j'aurais dit un truc qui se serait plus rapproché de "putain de merde, raph, tu peux pas piger que j'ai la chiasse à cause de ce houblon bio de merde, sale petit égoïste qui porte encore des couches, tu t'en fous toi, t'as envie de caguer, ben hop tu te laisses aller, même si c'est au milieu de l'aéroport" enfin, j'ai ma dignité, quoi.
A ce moment-là, l'ensemble de l'aéroport s'est retourné comme un seul homme vers moi (Blagnac, c'est pas vraiment Roissy) (jsuis méprisante hein, envers les aréoports de région) et une fille s'est approchée "Vous voulez que je vous le garde pendant que vous allez aux toilettes ?"
Bien sûr, le nain n'a pas voulu.
Bien sûr, les seules toilettes libres étaient les toilettes réservées pour handicapées (car elles n'en sont pas moins femmes) (du coup, quand t'es naine comme moi, tu peux difficilement éviter de toucher la lunette, vu la hauteur du chiotte, je déteste ça)
Bien sûr c'était VRAIMENT des toilettes adaptées, donc avec plein d'espace entre la porte et les chiottes pour laisser passer le fauteuil.
Ce qui veut bien sûr dire qu'une fois que t'as commencé ta petite affaire, si quelqu'un de facétieux est dans les toilettes avec toi et qu'il lui prend l'envie d'ouvrir la porte pour aller faire un tour, à moins d'avoir des bras de chimpanzé, c'est très très dur, voire impossible de tenir la porte fermée et tu te retrouves à caguer devant (ou techniquement, derrière) toutes* les bonnesfemmes qui sont en train de se laver les mains et se remaquiller avant de prendre l'avion (très important).
Bien sûr tu te retrouves à nouveau, le cul à l'air, à beugler après ton fils "RAPHAEL REVIENS ICI" et tu penses "ou je t'arrache la tête".

Finalement, tu n'as plus trop de dignité.
Mais toujours vachement mal au crâne.
Et, le plus important, tu as fait un podium.

*j'ai appris la règle d'accord de tout